Préambule : Attention, ce récit rentre dans la catégorie non officielle dite « déboires et lieux d’aisance». Veuillez ne pas porter de jugement hâtif sur son auteur et passer votre chemin si jamais vous n’avez pris plaisir à partager sur ce sujet avec des amis qui vous sont plus ou moins proches. Retenez tout de même ce message : la vie est constituée de 2 types de personnes. Ceux à qui cela arrive et les constipés.
Un employé modèle est régulièrement confronté aux facéties de son estomac. Il peut lui arriver de traverser des moments difficiles et de devoir passer sensiblement plus de temps que d’habitude aux toilettes. Les premières fois, il attend d’être rentré chez lui pour reconstituer la bataille d’El Alamein dans sa salle d’eau. Mais quand il décide que son efficacité au travail n’a pas à être mise en danger par quelques molécules de carbone, d’oxygène et d’hydrogène, il se décide en général à usufruiter de la salle que l’entreprise met à disposition de son personnel pour ce genre de nécessité dont elle ne peut nier l’existence. Il le fait en général en dehors des heures de service afin d’éviter un son et lumière olfactif à ses collègues à qui il veut le plus grand bien.
Lorsque le système digestif de notre employé modèle se refuse à prendre connaissance des horaires de travail des employés de l’entreprise, notre homme doit se résigner à prendre le risque d’importuner ses pauvres collègues qui souhaiteraient par la suite faire de la place dans leur corps pour la prochaine pause café. L’entreprise, elle, n’étant pas modèle, ne dispose pas d’urinoir et force tout ce beau monde à batailler avec M. Delafon dans de petits espaces clos vérouillables de l’intérieur.
Plusieurs fois durant, l’employé réussit à éviter d’être vu en sortant des cabinets, écartant de fait toute suspicion d’attentat à la puanteur qu’un successeur dans le confessionnal pourrait porter à son égard. Pour ce, libre à lui d’inventer des tactiques qu’il baptisera : blitz, switch, blitz amélioré, camouflage, etc. (NDLR : toutes ces tactiques existent, ont prouvé leur efficacité et leurs limites et pourront être expliquées aux lecteurs en cercle privé uniquement et moyennant une bière de qualité).
Parfois, ou peut être même aucune fois, l’employé croise un collègue en sortant des toilettes. Il peut prier en monopolisant toutes sa force spirituelle pour que celui-ci n’ait pas emprunté le couloir dans le but de se rendre au même endroit. Si le ciel dans sa miséricorde sélective ne souhaite lui accorder sa clémence, une seule raison, et pas une de plus, a le pouvoir de lui donner la force de ne pas baisser les yeux lors de la rencontre fortuite suivante avec le même collègue : les toilettes sont formées de 2 cellules de crise. Le collègue est forcement allé dans celle dont la virginité était restée intacte. La probabilité devient certitude car il faut bien continuer à travailler en équipe. Cette obligation d’efficacité et cet amour du travail bien fait qui l’ont forcé à se libérer de son fardeau réussissent à le convaincre que son forfait est resté secret. Simple mais diaboliquement efficace.
Passent alors les heures dans la journée. L’employé modèle, qui s’est pleinement remis à la tâche, doit maintenant imprimer le fruit de son travail. Il cherche son badge pour faire fonctionner la photocopieuse. Celui-ci n’est pas sur son bureau. Ni sous le clavier. Ni dans le tiroir. Il se souvient alors qu’il l’avait laissée dans la poche arrière de son pantalon, et que celui-ci est nominatif et affiche fièrement sa photo.
Les secondes deviennent alors des minutes. L’employé sait que dès l’instant où il aura posé sa main sur son fessier, il saura si le badge dans sa mansuétude a bien voulu rester logé dans la poche arrière de son pantalon lorsque celui-ci choyait à ses chevilles quelques heures plus tôt, quelques mètre plus loin.
Arrêtons nous quelques instants sur ce moment critique. Celui-ci revêt une importance capitale. La carrière de notre employé, que d’aucuns qualifient de modèle conformément à la qualité de son travail, prendra un tournant décisif, ou ne le prendra pas, dès que la pulpe de son index sera rentrée en contact avec l’arrière de son pantalon. Des années d’étude et des mois de conquête de légitimité au sein de l’entreprise pourront être anéantis par une seule chaîne de froid brisée. A l’instar d’Arsène Lupin ou de la marque jaune (quelle ironie !!!), l’employé pourrait avoir signé sans détour un forfait allant directement à l’encontre de la convention de Genève dans sa partie intitulée « de l’utilisation des armes NBC ». Il vit peut être là ses derniers instants de travailleur libre. Une poche vide signifierait un désaveu total et immédiat, une démission imminente, une radiation officieuse de la profession, et sans doute l’exil.
Le temps se fige définitivement. Le bras se dirige vers l’arrière, lentement. L’avant bras effectue une rotation autour du coude, contourne l’avant de la cuisse. La main stoppe à quelques centimètres de la fesse droite. Si elle fait chou blanc, il restera toujours la fesse gauche, mais ce sera sa dernière chance. Un mouvement sec. Une forme rectangulaire. L’employé remonte la ligne. Expire. Imprime. Il restera modèle. Il sera juste bon pour une grosse frayeur.
Un employé modèle est régulièrement confronté aux facéties de son estomac…