Le déroulement d’une matinée est une chose tellement répétitive et brumeuse qu’on en vient vraiment à vendre du temps de tête dans le cul disponible à tout ce que l’on croise entre la porte de sa maison et celle de son boulot.
Ce matin donc, j’appliquais mon passe temps du moment. Parfois je décide de n’écouter que de la musique en essayant de ne pas chanter à tue tête les conneries des wampas. Parfois de ne rien faire, histoire de mieux maudire l’humanité et celui qui a décidé qu’il fallait se lever tôt pour être un bon toutou à son président. Aujourd’hui, c’était le journal métro. Attention, j’ai une mini éthique dans mon choix de gratuit (ne vous tordez pas l’esprit, il n’y a pas de contrepèterie…) : je ne prends pas direct matin car c’est un charognard de grand patron breton qui le détient avec en prime l’exclusivité des présentoirs à l'intérieur les stations. Pas de 20 minutes non plus, cette feuille de choux est aux gratuits ce que le papier de verre est au moltonel épaisseur triple. Je prenais donc métro. Mais comme ce sont tout de même des journalistes qui l’écrivent, c’est de la merde en barre prédigérée, post digerée, ruminée. Bref du recyclât de bile dont même un anglais ne voudrait pas pour petit déjeuner.
Et donc, journée de la femme oblige, pleines pages sur un état des lieux de la situation. Ah bah oui, les quotas il faut mais c’est honteux. Et puis les salaires… Oh, et le harcèlement marital… sans oublier la mode actuelle qu'a instaurée cette ménagère frustrée d’Elisabeth Badinter alors qu’elle aurait mieux fait de finir de récurer la lunette des WC que son mari oublie tout le temps de relever parce que ça lui fait trop penser à une guillotine : l’allaitement est un moyen pour les hommes de faire culpabiliser les femmes. Magnifique retournement de situation, digne des plus grands incendies de chambres de députés outre-rhénanes un lendemain de crise économique.
Bref, aujourd’hui métro ouvre son esprit. Plus exactement son hémisphère gauche. Les consignes du jour ont été de déposer son chromosome Y à l’entrée de la rédaction (et non à la sortie de la maison, sous peine de voir tous les employés filer dans la mauvaise direction dès le petit matin) afin de mieux se mettre dans la peau du sujet des articles du jour : la femme.
Les articles se suivent et se ressemblent, m’endorment peu à peu. Je tourne la page. Pendant la demi-seconde de giration, mon cerveau m’interpelle « Eh dis-donc, y’a un truc d’anthologie là », avant même d’avoir le temps de lui répondre « tais toi ou je te tue avec un coton-tige » je regirationne dans le sens opposé, et je tombe sur ça :

Wahhh !Hey! How ! Tchahhh ! Les mecs, y’en aurait pas un qui aurait pris tous les chromosomes Y qui traînent dans le cendar de l’entrée là ? Ce gars, ce serait pas le rédac chef ?
Alors moi, je dis chapeau. Dire qu'un peu plus et je le loupais...
Réussir à glisser ça aujourd’hui, c’est grand, c’est beau.
Je m’incline…